Hakama, un pantalon venu d’ailleurs

Miyamoto Musashi (1584-1645) est une figure emblématique des mythes fondateurs de l’Empire du Soleil Levant. La Pierre et le sabre, le roman d’Eiji Yoshikawa (1892-1962) entretient la légende du samouraï d’exception : bushi accompli (i.e. guerrier), duelliste aux victoires fabuleuses, mais aussi philosophe (on lui doit en particulier le traité des cinq roues), peintre et calligraphe.

Mais avant ce récit héroïque, la transmission épique était orale ou picturale. L’estampe sur bois de Utagawa Kuniyoshi nous révèle un Musashi glorieux armé de deux bokkens (sabre en bois) et vêtu d’un drôle de pantalon bleu : le hakama.

Musashi Miyamoto – estampe de Utagawa Kuniyoshi

Le hakama était unisexe et semble, pour des yeux occidentaux, hésiter entre le pantalon bouffant et la jupe-culotte. La fonction créant la forme, le hakama connut des allures différentes. Pantalon de cavalier, dès le Ve siècle, le hakama enserre la jambe en dessous du genou, à l’image du jodhpur. Vêtement de cour, il prend de l’expansion et devient ample et richement brodé, avec même une amorce de traine. Le samouraï, en sabreur inflexible, perpétue le mystère : remonte-t-il son hakama en les coinçant dans son obi (ceinture) pour ne pas entraver ses mouvements ou s’en sert-il pour cacher sa trajectoire inattendue lors de l’assaut funeste ?

 

Aujourd’hui, le hakama est réservé aux cérémonies religieuses et grands évènements de la vie sociale : aux mariages, remise de diplôme ou pratique des arts traditionnels comme la cérémonie du thé, l’ikebana

La forme actuelle serait en droite cognation avec la période d’Edo (1603-1867). Le hakama, fendu sur les côtés, comme un pantalon à pont, descend jusqu’à la malléole et devient plus ample dans sa partie inférieure. Un dosseret rigide, nommé koshi ita, soutient le dos et pousse les lombaires vers l’avant. Les pratiquants du kendo, de l’aïkido et autres arts martiaux l’ont adopté en mémoire d’une hérédité martiale.

 Noma Dojo - Tokyo

Quelques artisans japonais, orthodoxes, perpétuent, à prix d’or, une fabrication sur-mesure, cousue à la main. Traditionnellement en coton lourd, épais et très résistant, c’est une pièce qui déteint et qui est difficile à entretenir en raison notamment de ses sept plis. Particularité nipponne, on y brode son nom en signe d’humilité ; seul le Sensei (maître qui enseigne) pourrait y renoncer, car il est connu de tous.

Mettre le hakama ou le plier répond à un rituel variable d’une école à l’autre. Cette vidéo est instructive : mettre un hakama

En Asie, le symbole est partout et les sept plis du hakama n’y échappent pas ; l’harmonie de leur agencement est asymétrique (cinq devant et deux derrière) et s’accorde à l’esthétique japonaise.

Le symbole polysémique par essence est plus riche que la codification univoque et laisse donc une forme de liberté à l’interprétation. Mais, classiquement, ces sept vertus, sans aucune hiérarchie entre elles, sont retenues :

  • Jin : la bienveillance, la générosité
  • Gi : l’honneur, la justice
  • Rei : la courtoisie, la politesse, l’étiquette
  • Chi : la sagesse, la sérénité, l’intelligence du discernement
  • Shin : la confiance, la sincérité
  • Chu : La loyauté, le respect
  • Ko : le respect de la filiation, de l’héritage.

 Cette rectitude du corps et de l’esprit ne serait-elle pas une autre forme de l’élégance  ?

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