Tourments calcéophiles !

Le vestiaire gorgé de souliers (lacets noués ou boucles serrées, doyens ou plus récemment invités à partager l’alignement, tous étaient scrupuleusement cirés, les plus éclatants revendiquant un récent glaçage dominical du bout dur ; ici point d’ostracisme, les noirs de jais voisinaient avec les bruns et ses riches nuances, les dépigmentés par les années marivaudaient avec quelques cadets en veau velours fringant, la profondeur pourpre ecclésiastique d’un escarpin confessait des cuirs grainés, seuls les crottés en quarantaine se consolaient au contact égoïste, intime d’un embauchoir en hêtre) envahissait, comme une antienne dérisoire, les séances bihebdomadaires sur le divan apaisant de l’analyste concentré ou somnolant, obsessionnellement chaussé sur-mesure d’un cuir venezia.

La malle calcéophile qui abritait pièces précieuses à la peausserie exotique et patronages tutoyant l’excellence, concentrait toutes les amertumes de l’opulence, la veulerie de la dépendance, les serments trahis à chaque nouvelle paire acquise, les tourments diurnes d’une forme oscillante entre différentes options répertoriées méthodiquement, les cauchemars récursifs des garants aux piqûres contestables, et irrémédiablement, le châtiment terrible d’une tige parfaite saccagée au tranchet nerveux, avant la délivrance du réveil en sueur, à perdre alêne…(cette orthographe est de mise, l’homophonie est respectée !).

Depuis le cycle éternel des marées, Pénélope l’incorrigible, Sisyphe le désespéré, Don Juan l’insatisfait, seuls les psychiatres onéreux nous soulagent de quelques fortunes sauvées des commandes de souliers à défaut de la quête du richelieu définitif, ultime, parfait.

L’écriture facétieuse ménage, peut-être, quelque espoir suspendu au hasard… mais coupons là, j’ai rendez-vous avec mon bottier favori.

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