Elégance !

L’articulation du mot appelle une prosodie à la française. Une attaque syllabique nette, avec un « é-lé » tonique et ascendant, promet les ailes de l’azur mais déjà la voix retombe et susurre délicieusement les deux derniers phonèmes « gan-se », avec son e muet où réside l’esprit tel un ruban invisible. Son énonciation même divulgue son sens : distinction et harmonie, grâce et délicatesse, simplicité et légèreté, aisance voire désinvolture.

L’étymologie nous invite à choisir, à choisir bien ! C’est dire que déjà la morale pointe son nez avec sa métaphysique, ses valeurs, ses devoirs, ses transgressions. Le participe présent latin, « eligere » traduit « choisissant », confirme bien une envolée, une impulsion, un mouvement vers la sélection.

Bien choisir parmi le génie et la richesse d’une langue, élire des valeurs intangibles et opter pour des rapports appropriés à l’autre, s’interroger sur la transcendance sont parmi les élégances liminaires. Autrement dit, la discipline qui tairait l’élégance de l’âme et du cœur, de l’être et de la vérité, qui singerait l’élégance d’une attitude gommeuse, serait alors trahison de l’élégance suprême.

Écartons d’emblée les fadaises péremptoires de l’élégance innée. L’élégance est une éducation, une construction, une ascèse pour les justes. Vaste ambition où une existence ne suffit pas et montre tant la promesse d’une voie magnifique que la vanité de sa quête.

L’élégance s’inscrit dans une histoire et sollicite un effort de curiosité, de formation, de compréhension, d’intériorisation et de réflexion. L’image de l’artiste de la renaissance qui passe des années à apprendre son métier en atelier, à connaître les pigments, à broyer les couleurs, à imiter les maîtres, me semble un modèle de cet apprentissage nécessaire. Humilité et patience qui forgent un savoir deviennent le tremplin de la liberté, de la puissance créatrice qui génèrent aujourd’hui encore poésie et émotion.

Aucune ignorance n’est indispensable ! Jouer avec les codes présuppose une connaissance intime de ces derniers, revisitons les ici, ensemble, avec passion.

Et si l’élégance était devenir soi !

The Art of Travel 1951 by Norman Parkinson