La baleine & l’hirondelle

Loin de résoudre l’aporie, la confusion enflait : le cétologue et l’ornithologue se lancèrent dans une controverse sourde. Les repères de la systématique élémentaire s’effondraient, la taxologie vacillait, les convictions s’effritaient. 

Contre toute raison, la baleine toisait l’hirondelle. La première, au pinacle, supplantait la seconde enfouie dans un abîme entrouvert anticipant son envol. Quelle singulière arche unissait un éclectique tandem ! Une pariade improbable eût été moins importune.

En des eaux plus clémentes, l’imposant mammifère s’engouffrerait en apnée dans une plongée abyssale, jubilatoire. Vers une migration africaine, le volatile dévoilerait son ventre blanc en s’élevant vers l’azur. La sérénité des savants serait retrouvée, sans abjection désespérée, sans réquisitoire dévastateur.

La baleine n’était point bleue, mais aussi blanche que la nacre ; affable, elle remplissait son office, insérée dans le gousset idoine du col de popeline, certes céruléen !

Point de suspense et loin de toute conjecture vaine, l’élucidation s’impose. L’hirondelle concentrée et tendue entre les deux pans du même tissu assure, prudente, l’intégrité de votre chère chemise.

Tout est affaire de perspective, de point de vue !