Au chapitre des menus plaisirs, le rituel matutinal concède une responsabilité particulière au choix des boutons de manchette. La sélection annonce, machiavélique, une journée à l’ineffable allégresse ou à la grisaille corruptrice ; cette ambition futile a donc l’air d’importance !
Le mousquetaire, au service du roi, ne s’aventurait jamais sans son épée. Aussi incontournable, mais moins funeste, le bouton de manchette transperce délicatement les quatre boutonnières superposées du poignet mousquetaire. À la frontière entre la sphère privée et la rencontre publique, il oscille, à l’écoute du mouvement du bras, de l’asile de la veste à l’exhibition retenue.
Le bouton de manchette serait né dès le XVIIe, bijou inavoué ou accessoire viril ? Plusieurs systèmes de fixation sont proposés :
- chainette de liaison pour jumeler quelques millimètres carrés de métal,
- tige fixe et rigide entre deux éléments joints, celui supérieur perceptible et celui timide du dessous,
- bâtonnet se clipsant sur une monture ingénieuse,
- barrette basculante autour d’une fine jointure,
- ….
Héritier des rubans et dentelles, cet ornement remplit son office fonctionnel bien volontiers. Son ambition est moins triviale, car plurivoque, il cultive les contrastes : discrétion ou hardiesse, extravagance ou conformisme, exquis raffinement ou monstruosité loufoque ; et génère, chez le témoin attentif, l’attraction ou l’opposée répulsion.
La profusion des matériaux précieux ou humbles, des formes et des teintes, est la règle ; la diversité entretient la complexité et la bévue potentielle. Hormis l’exception préméditée succombant à la tentation flamboyante, une esthétique pure et simple apparaît préférable.
Courez les antiquaires, ils vous allégeront passablement de quelques dizaines ou centaines d’euros contre des merveilles qui ponctueront vos manches d’un peu de poésie et illumineront vos journées !
Pour aller plus loin : une lecture salutaire de « Boutons de Manchettes » de Jean-Noël Liaut et Bertrand Pizzin, édition Assouline (2002). Si vos pas vous mènent à la librairie Galignani de la rue de Rivoli, vous pourriez y rencontrer le coauteur passionné, Bertrand Pizzin, qui possède une collection de plus de 2000 boutons de manchettes…






