Bouton de manchette quand tu nous tiens !

Au chapitre des menus plaisirs, le rituel matutinal concède une responsabilité particulière au choix des boutons de manchette. La sélection annonce, machiavélique, une journée à l’ineffable allégresse ou à la grisaille corruptrice ; cette ambition futile a donc l’air d’importance !

Le mousquetaire, au service du roi, ne s’aventurait jamais sans son épée. Aussi incontournable, mais moins funeste, le bouton de manchette transperce délicatement les quatre boutonnières superposées du poignet mousquetaire. À la frontière entre la sphère privée et la rencontre publique, il oscille, à l’écoute du mouvement du bras, de l’asile de la veste à l’exhibition retenue.

Le bouton de manchette serait né dès le XVIIe, bijou inavoué ou accessoire viril ? Plusieurs systèmes de fixation sont proposés :

  • chainette de liaison pour jumeler quelques millimètres carrés de métal,

    © Gerog Jensen – argent

  • tige fixe et rigide entre deux éléments joints, celui supérieur perceptible et celui timide du dessous,

    © Tiffany & Co – argent et jade

  • bâtonnet se clipsant sur une monture ingénieuse,

    © Elie Bleu barrette en ivoire de mammouth

    © Elie Bleu – bâtonnet en ivoire de mammouth

  • barrette basculante autour d’une fine jointure,

    © Maison Bonnet – écaille de tortue

  • ….

Héritier des rubans et dentelles, cet ornement remplit son office fonctionnel bien volontiers. Son ambition est moins triviale, car plurivoque, il cultive les contrastes : discrétion ou hardiesse, extravagance ou conformisme, exquis raffinement ou monstruosité loufoque ; et génère, chez le témoin attentif, l’attraction ou l’opposée répulsion.

passementerie

La profusion des matériaux précieux ou humbles, des formes et des teintes, est la règle ; la diversité entretient la complexité et la bévue potentielle. Hormis l’exception préméditée succombant à la tentation flamboyante, une esthétique pure et simple apparaît préférable.

© Hermès – argent

Courez les antiquaires, ils vous allégeront passablement de quelques dizaines ou centaines d’euros contre des merveilles qui ponctueront vos manches d’un peu de poésie et illumineront vos journées !

Tiffany & Co + Georg Jensen

Pour aller plus loin : une lecture salutaire de « Boutons de Manchettes » de Jean-Noël Liaut et Bertrand Pizzin, édition Assouline (2002). Si vos pas vous mènent à la librairie Galignani de la rue de Rivoli, vous pourriez y rencontrer le coauteur passionné, Bertrand Pizzin, qui possède une collection de plus de 2000 boutons de manchettes…

Frank Tioni – maroquinier

Les artisans passionnés sont une sorte de miracle au XXI siècle uniformisant et bruyant !

Surtaille dune poignée au couteau a pied dit demie lune – crédit photo Franck Tioni

Franck Tioni, quadra, est sellier, maroquinier, gainier, malletier ; de quoi, nous séduire ! En Compagnon digne de ce nom, il a fait un tour de France de 9 années pour apprendre son métier. En 2007, il est honoré du titre de Maître Artisan et son entreprise en Limousin est labellisée « Entreprise du Patrimoine Vivant » qui distingue des savoir-faire artisanaux d’excellence.

C’est Anthony Delos, bottier et MOF (Meilleur Ouvrier de France) qui m’a fait connaître cet homme passionné et charmant.

Voici quelques exemples de son travail mais il y a des merveilles que vous pouvez découvrir sur son site :  www.francktioni.com

Sac de voyage en taurillon bicolore – crédit photo Franck Tioni
Cabas en crocodile truffe – crédit photo Franck Tioni

Processus de commande pour une ceinture sur mesure :

  • prise de contact au téléphone (longue discussion sur son métier), il m’a alors envoyé des échantillons de requin et croco (noir, bleu, marron)
  • accord sur un cahier des charges : 35 mm de large, boucle laiton nickelé de chez Poursin (une des dernières maisons, sinon la dernière, à produire des boucles), peausserie : requin marron chocolat.
  • livraison un bon mois ensuite par chronopost !
  • demande d’un passant supplémentaire que j’ai reçu une semaine plus tard. Nickel !

Réalisée unitairement, à la main ; pour qu’il n’y ait pas d’ambiguïté, la ceinture est cousue machine (Franck Tioni peut le faire bien entendu entièrement à la main, mais faire du point sellier au kilomètre c’est très long, au moins deux heures pour une ceinture et donc beaucoup plus coûteux), seule l’enchappage qui garantie le maintien parfait de la boucle est cousu main ; doublure en veau et renforcée en son milieu par du cuir.

Patrizio Cappelli – cravatier

Si la petite boutique Marinella est connue du monde entier depuis 1914 pour ses cravates, Cappelli ne bénéficie sans doute pas de la notoriété de son aînée. Mais le mérite du talent verra, à n’en pas douter, s’épanouir sa réputation.

L’adresse est discrète, dans le quartier chic de Chiaia. C’est au 37 de la via cavallerizza, une étroite ruelle, qu’il faut pousser une grille conduisant à une grande cour arborée. Un succédané de concierge vous annonce et déjà une charmante dame vient nous accueillir, non pas avec un buongiorno mais par un franc et limpide « Bonjour, Monsieur » en français impeccable.

Nous étions deux couples d’amis avec nos enfants, huit personnes : l’officine est pleine à craquer car les dimensions sont modestes. Les soies donnent un peu le vertige, une explosion de motifs et de teintes comme à la dégustation olfactive d’un vin généreux. Donc, ne pas bouder son plaisir, mais garder son sang-froid en descendant les marches qui conduisent à la chambre des trésors.

L’ivresse guette, mais un numéro de duettistes perfides (mes chères épouse et fille) tente une sournoise manœuvre me rappelant, quasi en chorus, les douzaines de cravates bleues, les dizaines de rouges, les vertes… Je chasse le souvenir de mes lointaines réserves parisiennes car le devoir d’une commande spéciale me plonge vers les cravates vertes, celles aux petits motifs…

Entre alors en scène, Patrizio Cappelli, pharmacien de formation, dans un costume, en solaro, manifestement fait sur mesure à la rigueur nonchalante napolitaine : revers généreux, milanaise envieuse à saliver, … très belle allure qu’il doit à son fidèle tailleur de 83 ans.

L’homme est affable et charmeur ; il nous parlera de ses dernières vacances à Saint-Malo (il fuit Napoli en été), de son goût pour les vins français ; il nous fera même voir des Châteauneuf du Pape !

 Mais revenons à nos cravates. Celles à sept plis sont sans triplure, l’épaisseur de l’origami de soie leur donne une belle main tandis que celles en cachemire sont aux jolies couleurs automnales en ce moment. À l’heure du choix, si nécessaire, patience et gentillesse sont au rendez-vous.

En sortant du magasin, il faisait déjà nuit, mais j’avais encore les yeux brillants de gourmandise.

Une adresse à conserver dans vos tablettes pour un passage à Napoli !

www.patriziocappelli.it

Pochettes !

Dans cet article, il va être question de pochettes.

Non pas celles des microsillons en vinylite, à l’esthétique indécise accordée aux pattes d’éléphant aux motifs improbables, mais, celles que d’aucuns récusent, en détracteurs abrupts, se fondant concomitamment, mais non sans malice, sur le lègue de Brummell, barboté à Ovide. Pour tous deux, l’élégance se conjugue avec la simplicité.

La véritable élégance consiste à ne pas se faire remarquer — Brummell

C’est l’élégance simple qui nous charme — Ovide

Pratiquant le carré d’étoffe dans la poche poitrine de mes vestons, je confesse enfreindre la loi du jamais avant 18h00, ceci depuis des années et de plus avec grand ravissement. Les cerbères du dress code et autres canoniques grincheux peuvent m’envoyer leurs témoins, dès l’aube, j’en arborerai en pleine désobéissante sartoriale !

L’objet de la rébellion est usuellement un carré de taille convenable. Inférieure à un pied de côté, la chose serait saugrenue voire inutilisable, supérieure à two feet mieux vaut la réserver à l’entretien des souliers. Ces indications de taille étant parfaitement sujettes à caution, on pourrait s’en affranchir ou s’accorder sur trente-sept centimètres avec une tolérance de deux centimètres et demi, à défaut de tout nombre d’or.

A vous les belles roulottées à la main, à angle droit, sans faire de pointe ou d’arrondi. Le coton, le lin ou la soie s’imposent ; les fibres plus exotiques sont réservées aux soirées costumées ou à vos essais plus personnels.

Couleurs et motifs ne posent nulle difficulté. Les plus hésitants ou scrupuleux peuvent relire utilement le traité de la peinture de Leonardo da Vinci. Les choix sont multiples, le meilleur sera en harmonie avec votre mise et vos occupations du jour. Le néophyte peu assuré pourrait commencer avec tempérance avant de monter subtilement en grade coloriel. Qui fera une allocution devant un comité exécutif pourrait choisir un lin blanc impeccable et chevaleresque, qui dînera en tendre compagnie pourrait sélectionner un délicat motif cachemire à la rigueur bohème. Oxymorons nos pochettes le soir !

Si le pliage rebute certains, il ne devrait exclure aucun élégant d’autant que les éducatifs sur internet sont légions

http://www.samhober.com/howtofoldpocketsquares/pocketsquarefolds.htm

Trouvez votre style et variez les plaisirs : pli plat simple, pli en pointes ou pochette bouffante, à la diable, mais calculée comme un jardin japonais épilé à la pince.

En cas de besoin, la pochette vous apportera confiance en vous, force de conviction, pouvoir de séduction, chance, fortune, amour, assurance prostatique, immortalité… tout autant qu’une pythie regrettant le triple A hellénique.

Un dernier conseil plus lucide : portez votre pochette avec la fière humilité et la futilité de la sagesse, ne la laissez jamais détourner l’attention des autres de votre regard ; l’objectif inavoué n’est pas de paraître, mais d’être !

PS : Une mise en garde s’impose, car expérimenter la pochette, c’est l’adopter ! Ensuite méfiance, car la collectionnite guette, mais ce syndrome vous le connaissez déjà !