Pochettes !

Dans cet article, il va être question de pochettes.

Non pas celles des microsillons en vinylite, à l’esthétique indécise accordée aux pattes d’éléphant aux motifs improbables, mais, celles que d’aucuns récusent, en détracteurs abrupts, se fondant concomitamment, mais non sans malice, sur le lègue de Brummell, barboté à Ovide. Pour tous deux, l’élégance se conjugue avec la simplicité.

La véritable élégance consiste à ne pas se faire remarquer — Brummell

C’est l’élégance simple qui nous charme — Ovide

Pratiquant le carré d’étoffe dans la poche poitrine de mes vestons, je confesse enfreindre la loi du jamais avant 18h00, ceci depuis des années et de plus avec grand ravissement. Les cerbères du dress code et autres canoniques grincheux peuvent m’envoyer leurs témoins, dès l’aube, j’en arborerai en pleine désobéissante sartoriale !

L’objet de la rébellion est usuellement un carré de taille convenable. Inférieure à un pied de côté, la chose serait saugrenue voire inutilisable, supérieure à two feet mieux vaut la réserver à l’entretien des souliers. Ces indications de taille étant parfaitement sujettes à caution, on pourrait s’en affranchir ou s’accorder sur trente-sept centimètres avec une tolérance de deux centimètres et demi, à défaut de tout nombre d’or.

A vous les belles roulottées à la main, à angle droit, sans faire de pointe ou d’arrondi. Le coton, le lin ou la soie s’imposent ; les fibres plus exotiques sont réservées aux soirées costumées ou à vos essais plus personnels.

Couleurs et motifs ne posent nulle difficulté. Les plus hésitants ou scrupuleux peuvent relire utilement le traité de la peinture de Leonardo da Vinci. Les choix sont multiples, le meilleur sera en harmonie avec votre mise et vos occupations du jour. Le néophyte peu assuré pourrait commencer avec tempérance avant de monter subtilement en grade coloriel. Qui fera une allocution devant un comité exécutif pourrait choisir un lin blanc impeccable et chevaleresque, qui dînera en tendre compagnie pourrait sélectionner un délicat motif cachemire à la rigueur bohème. Oxymorons nos pochettes le soir !

Si le pliage rebute certains, il ne devrait exclure aucun élégant d’autant que les éducatifs sur internet sont légions

http://www.samhober.com/howtofoldpocketsquares/pocketsquarefolds.htm

Trouvez votre style et variez les plaisirs : pli plat simple, pli en pointes ou pochette bouffante, à la diable, mais calculée comme un jardin japonais épilé à la pince.

En cas de besoin, la pochette vous apportera confiance en vous, force de conviction, pouvoir de séduction, chance, fortune, amour, assurance prostatique, immortalité… tout autant qu’une pythie regrettant le triple A hellénique.

Un dernier conseil plus lucide : portez votre pochette avec la fière humilité et la futilité de la sagesse, ne la laissez jamais détourner l’attention des autres de votre regard ; l’objectif inavoué n’est pas de paraître, mais d’être !

PS : Une mise en garde s’impose, car expérimenter la pochette, c’est l’adopter ! Ensuite méfiance, car la collectionnite guette, mais ce syndrome vous le connaissez déjà !