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Armure et tête de manche !
Le rai de soleil ambré effleure l’épaulière damasquinée de la cuirasse d’apparat et fuse en vaporeuse poussière vers un ressaut finement ciselé. L’arête métallique convie au déchiffrement énigmatique et dual ; cette saillie protectrice est l’expression d’une empreinte martiale, à l’efficience avérée sur le champ de bataille carminé, mais énonce également, autorité et puissance du souverain à l’armure hiératique.
Si littéralement, il s’agissait de conserver la tête sur les épaules, perdons-la, quelques instants, à la recherche d’un lignage discutable ; les trajectoires se croisent parfois. De l’armure à la trame, il n’y a qu’un fil de chaîne pour relier le preux chevalier au gentilhomme contemporain ! Brodant sans cesse le même motif obsédant, l’antienne sartoriale rejoint l’opiniâtre malice et ne résistant ni à l’hyperbole, ni au raccourci audacieux, confrontons l’épaulière renaissance ou son équivalent japonais, dénommé kohire, à la tête de manche moderne d’un costume sur mesure et imperceptiblement plus pacifique.
Toutes deux possèdent des racines anthropologiques communes et revendiquent de semblables nécessités : confort, mobilité du mouvement, protection, distinction. De la cuirasse militaire au complet civil, seuls quelques siècles d’évolution et des cibles stratégiques substituées les séparent, mais des fragments d’inconscient collectif les unissent. Si la ligne proéminente de l’épaulière sied à la perspective offensive et sanglante, sa cousine, la tête de manche renflée s’aperçoit plus aisément sous les discrets lambris du pouvoir ou la quiète moquette d’un bureau directorial.
Tout l’art du tailleur est concentré dans une liaison charnelle entre emmanchure et tête de manche, c’est-à-dire l’articulation entre l’humérus et l’omoplate, sans négliger la clavicule. La complexité de l’exercice requiert une grande expérience et un talent certain ; de l’embu, à savoir ce surplus exact de tissu pour l’aisance du mouvement, travaillé patiemment à la main et au fer, naît la tête de manche. Réussie, elle sera d’un grand chic ; ratée, il faudra tout reprendre.
Plusieurs écoles coexistent et expriment leur savoir-faire dans des combinatoires complexes et infinies : quasi plate ou saillante, froncée ou non ; le rembourrage de l’épaule avec force ouate ou son absence totale offre un nombre exponentiel de variations, en jouant sur l’intensité des facteurs examinés.
Qui affectionnera une tête de manche insensiblement bombée, claire et nette. Qui goutera la poésie de fronces savamment désordonnées…sprezzatura ! Qui sera séduit par l’éloquente simplicité de la spalla camicia, spécialité napolitaine, avec ou sans plissé. Qui fera ses délices d’un padding britannique au renflement viril et à la délicatesse ascétique. Qui sera ému et sous le charme d’une tête de manche virginale sur une épaule naturelle. Qui salivera devant le relief d’une exquise cigarette, con rollino pour le transalpin…
« de gustibus et coloribus non disputandum »
Une piste bienveillante consisterait sans doute à se détacher du banc de poissons au mimétisme pseudo-branché désolant et rechercher la ligne pour mettre une silhouette en valeur, celle de l’élégance achevée et discrète.
Les artisans de la convoitise ont pour noms glorieux, dans un ordre protocolairement alphabétique : Anderson & Sheppard, Caliendo, Camps de Luca, Caraceni, Cifonelli, Diagne, Marigliano, Panico, Rubinacci, Sciamat, Solito, Thom Sweeney, …auxquels vous adjoindrez vos faiseurs préférés ou fantasmés.
Mais gardez la tête sur les épaules !
Masaru Okuyama – bottier
A pair of shoes is The attire that expresses your seriousness about life.
La radicalité de la sentence, devise programmatique de Masaru Okuyama, comblera toute obsession calcéophile, au risque de précipiter, à nouveau, le perpétuel convalescent vers une compulsion incandescente, une déviance accrue.
Après des études au College of Art de l’université de Tokyo, il suit une voix intime qui le guide vers les secrets du chaussant, pas ceux des nippones geta ou modestes zori, mais ceux de la grande tradition de la botterie occidentale. L’essentiel est dit comme une déclaration : une vie au service du pied et de l’élégance. Il perfectionne son art avec Chihiro Yamaguchi, ce dernier initié à la tradition anglaise, notamment celle de Lobb et Northampton, serait un des seuls, au Japon, à enseigner les arcanes du cousu trépointe entièrement réalisée à la main.
En 2008, il ouvre son propre atelier à Hong Kong et rencontre le succès. Refusant toute compromission avec la qualité, Masaru Okuyama accorde toute son attention aux détails de chaque soulier ; une facture d’exception vers le charme et la grâce.
crédit photos : http://masaruokuyama.tumblr.com/#















