Maison des Trois Thés

Gris et opale mêlés, le ciel accompagne la froidure de décembre. Place Monge, le camaïeu mandarine, brun-roux et safran semble engourdi ou ensommeillé ; la défeuillaison paresse. Le froid mordant raidit les mains. L’œil est attiré par d’énigmatiques sinogrammes, ceux d’une devanture élégante. La sonnette à peine effleurée ouvre la Maison des Trois Thés.

L’accueil souriant et attentif emporte manteau et écharpe ; les doigts recouvrent une chaleur douce. L’identité des lieux s’impose à vous et plonge dans la mémoire d’un Extrême-Orient fantasmé où, dans une chronologie embrouillée, Loti et Kessel devisent paisiblement, Segalen versifie, Bodard et Hemingway traficotent, épiés par un Seigneur Impérial en robe de cour, échappé de la Cité Interdite. En arrière d’un long comptoir de bois massif où trônent les fléaux irrévocables de balances de cuivre, les boîtes tubulaires, savamment calligraphiées, semblent épinglées au mur telle la collection d’un obsessionnel entomologiste.

Pochettes !

Dans cet article, il va être question de pochettes. Non pas celles des microsillons en vinylite, à l’esthétique indécise accordée aux pattes d’éléphant aux motifs improbables, mais, celles que d’aucuns récusent, en détracteurs abrupts, se fondant concomitamment, mais non sans malice, sur le lègue de Brummell, barboté à Ovide. Pour tous deux, l’élégance se conjugue…

Anatomie du point G !

Quoi de plus exquis que de goûter aux délices du point G ?

Si pour le sybarite, la démarche et la technique élaborée sont supérieurement voluptueuses au sublime aboutissement, le plus grand nombre néglige cette délectation pure, non par bouderie, mais par simple méconnaissance de son existence même.

Parmi les rares inconditionnels, d’aucuns confessent leur embarras ou leur doute passager. Les confidences inquiètes interrogent la dextérité, la gestuelle la plus appropriée, la vigueur de la pression du ou des doigts sur le grain de la peau. Le vaillant néophyte est quant à lui, le plus souvent désorienté, car dépité devant son insuccès, ou pire, incompris du regard moqueur de sa tendre compagne. Tous, du zélateur au novice, avouent que cette expérience sensuelle, ce toucher audacieux et répété évoluent en addiction. Les détracteurs y détectent une perversion qui ne mérite pas même de qualificatif bien que décadent semble implicite tant leur ton est sans appel.

Elégance !

L’articulation du mot appelle une prosodie à la française. Une attaque syllabique nette, avec un « é-lé » tonique et ascendant, promet les ailes de l’azur mais déjà la voix retombe et susurre délicieusement les deux derniers phonèmes « gan-se », avec son e muet où réside l’esprit tel un ruban invisible. Son énonciation même divulgue son sens : distinction…