La baleine & l’hirondelle

Loin de résoudre l’aporie, la confusion enflait : le cétologue et l’ornithologue se lancèrent dans une controverse sourde. Les repères de la systématique élémentaire s’effondraient, la taxologie vacillait, les convictions s’effritaient. 

Contre toute raison, la baleine toisait l’hirondelle. La première, au pinacle, supplantait la seconde enfouie dans un abîme entrouvert anticipant son envol. Quelle singulière arche unissait un éclectique tandem ! Une pariade improbable eût été moins importune.

En des eaux plus clémentes, l’imposant mammifère s’engouffrerait en apnée dans une plongée abyssale, jubilatoire. Vers une migration africaine, le volatile dévoilerait son ventre blanc en s’élevant vers l’azur. La sérénité des savants serait retrouvée, sans abjection désespérée, sans réquisitoire dévastateur.

La baleine n’était point bleue, mais aussi blanche que la nacre ; affable, elle remplissait son office, insérée dans le gousset idoine du col de popeline, certes céruléen !

Point de suspense et loin de toute conjecture vaine, l’élucidation s’impose. L’hirondelle concentrée et tendue entre les deux pans du même tissu assure, prudente, l’intégrité de votre chère chemise.

Tout est affaire de perspective, de point de vue !

Une chemise pour la rentrée !

Vive la rentrée ! Si, elle concerne, au premier chef, les enfants scolarisés, elle rythme amplement la vie économique, politique, sociale et culturelle de notre pays. Plus que l’exercice quasi obligé des vœux calendaires, elle est l’occasion de renaissance dans un mouvement d’enthousiasme sincère et de régénérescence tonique.

La rentrée croise également le tonneau des Danaïdes des fournitures scolaires et, nous y voilà enfin, après ce prélude inhabile, un rafraichissement voire un renouvellement du trousseau ; et blague à part, comme disait Karl, détaché du revival sartorial, à chacun selon ses besoins…

Toutefois, une chemise de rentrée s’anticipe quelques semaines à l’avance quand elle se souhaite artisanale.

L’attente s’explique par les transformations d’un patron qui tienne mieux compte de quelques modulations d’un corps. Certes de minuscules détails aux yeux du néophyte, mais détails incommensurables pour l’amateur passionné et singulièrement pour l’érudition vétilleuse du virtuose dont la main bienveillante, trace, à la mine de plomb, un nouveau carton. Tout est dans le détail ; celui qui tend vers une forme d’aboutissement exquis, bien avant le tutoiement de la perfection.

Le choix du tissu pourrait être simple, car quoi de plus convenu et inévitable qu’une rayure bleue. Loin de simplifier le choix, le riche catalogue du tisseur italien Bonfanti offre des nuances de largeurs, de teintes qui multiplie les combinaisons et accentue non pas la perplexité, mais exalte la gourmandise.

 

Au tissu somptueux en 90 cm de large, la simplicité comme la sobriété s’imposent pour une chemise à la stricte sprezzatura !

Les vacances estivales atténuant l’épreuve la patience, la livraison se fera lors la proche venue de Mary Frittolini, à Paris, les 14 et 15 septembre prochain.

Pour la contacter : http://lacamiciaconlanima.blogspot.com ou maryfrittolini@libero.it

Visite parisienne de Mary Frittolini

Dans les bagages de Mary Frittolini, au-delà de son talent, elle devrait avoir quelques jolies surprises !

Comme en cuisine, la matière première concourt à la fête. Elle est même essentielle et se dénomme génériquement étoffe. Le béotien l’appelle tissu. Le curieux apprend que la fibre la plus usuelle est végétale, offerte par l’arbrisseau cotonnier : gossypium ; n’oublions toutefois pas le lin. Le connaisseur distingue le twill du chevron, identifie aisément le fil-à-fil et l’oxford, ou ne jure que par la popeline.

Si les éléments de langage du cyberboutiquier font appel au double retors (la torsion simultanée de deux fils élémentaires permettant l’obtention d’un fil définitif optimum) et au titrage (autrement dit, la finesse du fil ; plus la fibre naturelle est longue et plus le tissu sera fin), faites confiance à votre jugement, aiguisez vos sens ! Serait-il iconoclaste de suggérer de fermer les yeux pour choisir le tissu de sa prochaine chemise ? Plus sagement, regardez, touchez, et pour les voluptueux audacieux, écoutez et humez le plus de tissus possible pour apprendre et pour le plaisir !

Pour prolonger la métaphore culinaire, Mary devrait proposer, à la carte, des tisseurs à la belle production, à faire perdre la raison à plus d’un amateur.

C’est avec bonheur que j’ai déjà dégusté la production de Grandi & Rubinelli (région du Piémont au nord-ouest de l’Italie) et celle de DJA, acronyme de David & John Anderson (un Sea Island d’une grande finesse et douceur).

Le dessert ultime viendrait du tisseur artisanal lombard Bonfanti qui reste, un des seuls, avec Carlo Riva, à travailler sur des métiers à tisser surannés, en bois. La lenteur du tissage et sa largeur en 90 cm vs 150 cm pour les productions modernes, assureraient, outre la moindre tension du fil, une qualité inégalable de soyeux, de richesse et profondeur des couleurs. Il faut une bonne heure pour produire 2 mètres de tissu !

J’ai déjà réservé une table pour un déjeuner et retrouver le Chef qui sait respecter le tissu. Le restaurant éphémère se situe au 32, rue de Buci, au cœur de Saint-Germain ; il ne sera ouvert que du 30 mars au 3 avril. Mieux vaut réserver sa table pour un meilleur service maryfrittolini@libero.it !

Le café m’a toujours été servi avec des mignardises délicates de simplicité ; une autre attention exquise du Chef qui accueille quelques boutons de nacre ou baleines complémentaires

Mary Frittolini – chemisière

L’homme heureux n’a pas de chemise, cet apophtegme bucolique est pure sottise et il est même tentant de soutenir, surtout ici, le contraire !

Ma grand-mère jugeait un homme à sa chemise. Un peu abrupte et expéditive, mais la méthode valait par son regard perspicace plus sûrement qu’un marc ésotérique. Cet ukase grand-maternel m’a toujours inspiré un respect amusé et, je parie, pouvoir trouver un pilier de bar ou un psychiatre repenti pour y distinguer l’origine d’un goût déraisonnable pour la chemise.

La quête de la chemise parfaite m’occupa longtemps : j’en ai goûté de nombreuses. À force d’essais de coupes différentes, de tests de cols et de poignets, j’ai épuisé les marques et accepté la frivolité de l’ambition initiale. Mais, l’inconsistance résidait, non dans la quête, qui encouragea mon désir de comprendre et d’apprendre, de décortiquer et d’aller plus loin encore, mais dans la perfection vaine.

« Le corps respire, l’esprit aspire », je réformais alors mon désir ; je ne désirais plus la chemise parfaite, mais la chemise idéale. Une vraie révolution que cette métamorphose d’optique !

Que de circonlocutions pour justifier, maladroitement, les tissus sélectionnés avec gourmandise, montés un à un en suivant des patrons évolutifs, et pour évoquer la chemise sur-mesure : c’est elle qui devient idéale. Idéale, car on la rêve, on l’attend, on s’en inquiète, on en parle tourmenté sur le divan à un type obsédé par ses souliers !

Le sur-mesure, c’est amah la chemise faite par un homme pour un homme qui a un torse, un dos, un ventre, un cou et souvent deux bras, bref une morphologie singulière, voire inimitablement tordue !

Cette fois, l’homme de l’art est une femme, une transalpine, une Piémontaise de Turin qui a un parcours atypique.

Après des études supérieures consistantes (lettres classiques : latin, grec pour avoir notamment dit-elle, le plaisir de lire les textes dans la langue originelle ; comme je la comprends !), elle entre dans la vie professionnelle. En parallèle, elle poursuit, par penchant personnel et attrait pour le génie de la main, ses travaux de couture. Est-ce la fréquentation des Anciens qui prônaient « Age Quod Agis » (fais ce que tu fais !), mais pour aller au bout de sa passion, elle suit des cours pendant deux ans et perfectionne sa technique.

J’ai compris qu’elle faisait des chemises depuis une bonne dizaine d’années, tout en conservant son job. Depuis trois ans, elle se consacre uniquement à la chemise sur-mesure. Grâce à Internet, elle a découvert le blog de Pierre Duboin http://lavraiechemisesurmesure.blogspot.com qui a consacré sa vie professionnelle à la chemise sur-mesure et que vous connaissez sans doute autant par ses grands coups de gueule que son amour du métier ; 35 ans d’expérience, excusez du peu ! Il l’encourage d’un œil confraternel et amical.

Elle s’appelle Maria Teresa Frittolini, mais ses amis l’appelle simplement Mary.

Elle tient un blog ici : http://lacamiciaconlanima.blogspot.com et on peut lui écrire à cette adresse : maryfrittolini@libero.it

Ah oui, j’allais oublier, ses boutonnières faites main sont une vraie folie !!