Tourments calcéophiles !

Le vestiaire gorgé de souliers (lacets noués ou boucles serrées, doyens ou plus récemment invités à partager l’alignement, tous étaient scrupuleusement cirés, les plus éclatants revendiquant un récent glaçage dominical du bout dur ; ici point d’ostracisme, les noirs de jais voisinaient avec les bruns et ses riches nuances, les dépigmentés par les années marivaudaient avec quelques cadets en veau velours fringant, la profondeur pourpre ecclésiastique d’un escarpin confessait des cuirs grainés, seuls les crottés en quarantaine se consolaient au contact égoïste, intime d’un embauchoir en hêtre) envahissait, comme une antienne dérisoire, les séances bihebdomadaires sur le divan apaisant de l’analyste concentré ou somnolant, obsessionnellement chaussé sur-mesure d’un cuir venezia.

Richelieu by Anthony Delos

Tout calcéophile connaît des vagues de boulimies irrépressibles, mais l’allègre pathologie suspend parfois ses dommages dans un soubresaut radical de courte durée. Comme le joueur impénitent rode autour du casino trahissant, mezza voce, son ennui avec des martingales chimériques, la gageure est alors de tromper les pulsions incoercibles en les distrayant vers un modèle imaginaire,…

Anthony Delos – bottier

L’adage latin, en forme d’oxymore, festina lente, s’applique merveilleusement bien au bottier, Anthony Delos. Il semblerait même que l’Art Poétique de Boileau (1636-1711) fût écrit pour lui : Hâtez-vous lentement, et sans perdre courage, Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage, Polissez-le sans cesse, et le repolissez, Ajoutez quelquefois, et souvent effacez. À trente-cinq ans,…